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A ma mère

Après un si joyeux festin,
Zélés sectateurs de Grégoire, 
Mes amis, si, le verre en main 
Nous voulons chanter, rire et boire, 
Pourquoi s'adresser à Bacchus ? 
Dans une journée aussi belle 
Mes amis, chantons en " chorus " 
A la tendresse maternelle

Un don pour nous si précieux, 
Ce doux protecteur de l'enfance, 
Ah ! c'est une faveur des cieux 
Que Dieu donna dans sa clémence.
D'un bien pour l'homme si charmant 
Nous avons ici le modèle ; 
Qui ne serait reconnaissant 
A la tendresse maternelle ? 

Arrive-t-il quelque bonheur ? 
Vite, à sa mère on le raconte ; 
C'est dans son sein consolateur 
Qu'on cache ses pleurs ou sa honte. 
A-t-on quelques faibles succès, 
On ne triomphe que pour elle 
Et que pour répondre aux bienfaits 
De la tendresse maternelle. 

Ô toi, dont les soins prévoyants, 
Dans les sentiers de cette vie 
Dirigent mes pas nonchalants, 
Ma mère, à toi je me confie. 
Des écueils d'un monde trompeur 
Écarte ma faible nacelle. 
Je veux devoir tout mon bonheur 
A la tendresse maternelle. 

 

Alfred De Musset (1810 - 1857)